Auteur Sujet: L'Art Romain  (Lu 1595 fois)

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L'Art Romain
« le: mars 07, 2010, 11:12:39 »



L'Art Romain





Tête du Pugiliste des Thermes










L'art Romain commença par une conquête romaine

la prise des villes grecques d'Italie du Sud
Syracuse  en -212  et sac de Tarente, en -209




Toi, Romain, n'oublie pas de diriger les peuples sous ton empire.
Voilà ce que seront tes arts : couronner la paix par les lois,
être bon avec les soumis et défaire les orgueilleux à la guerre.

Ulysse, Odysée




« La Grèce domptée subjugua ses farouches vainqueurs
Et fit entrer ses arts dans le Latium sauvage. »

Horace





qui est vainqueur? qui est vaincu?

Il n'y a que l'Art qui ne réclame point de victoire
il poursuit son chemin orné de l'exception et de l'esthétisme hautement raffiné








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Re : L'Art Romain et L'Art Grec, pilliers de l'Art de l'Europe
« Réponse #1 le: mars 07, 2010, 12:11:49 »
L'Art Grec et L'art Romain





Que faisait le consul romain Paul Émile pour fêter dignement la victoire de la bataille de Pydna, en l'an -168 ?



il ordonna un défilé des Oeuvres d'art grecques
et pendant les 3 jours de fête à Rome






Hadrien, 160. Musée archéologique d'Olympie









Un choc..
Cette butin de guerre sème le doute et la zizanie ...
Les Romains, peuple d'esthètes, découvrirent, admirèrent  l'art grec,
mais en même temps, il est in supportable de constater la supériorité culturelle du peuple vaincue..
voilà le revers du médaille.
A ce jour,
quand on regarde les oeuvres grecques et romaines,
on constate qu'il y a une continuité des pensées helléniques
dans l'épurement de l'esthétique romaine.







Dans la Ville, l'art grec hellénistique est considéré avec mépris par la vieille aristocratie romaine conservatrice, d'autant plus qu'il rencontre la faveur, parfois sans nuance, de la plèbe. En témoigne la description des conséquences de la prise de Syracuse  en -212 que dresse Plutarque. De même, en -184, Caton l'Ancien, dans ses discours transmis par Tite Live, flétrit le philhellénisme ambiant  et combat l'abrogation de lois somptuaires (loi Oppia). Toutefois, certaines familles, notamment les Scipions, vont faire évoluer le goût des élites.

On peut dire qu'au Ier siècle av. J.-C., l'art grec hellénistique est enfin reçu par les classes dirigeantes de la société, non pas servilement, mais dans le souci de le concilier avec certains traits artistiques traditionnels. L'art romain va garder un contenu politique au sens où il exprime, à cette époque, les idéaux et les références de la nobilitas. Dans le régime républicain, qui à Rome est une oligarchie, tous veillent à ce qu'aucun n'acquiert une audience en dehors des institutions et du cadre familial. Toute initiative dans le domaine artistique doit soit se maintenir dans la sphère privée (c'est le cas de l'art du portrait), soit s'exercer dans dans le cadre public, mais en tout anonymat. Il est symptomatique qu'en -184 le censeur Caton l'Ancien puisse attacher le nom de sa gens à la Basilica Porcia qu'il fait construire sur le forum dans un but purement civique (et en n'imitant en rien le plan des stoa hellénistiques), tandis que Pompée, en -55, doit user de l'alibi d'un petit temple à Vénus Vitrix, pour construire un bâtiment à vocation artistique, le premier théâtre en pierre de Rome, sans pouvoir y attacher son nom (qui n'apparaît pas sur la Forma Urbis). La fondation de l'Empire par Auguste, et l'émergence d'un pouvoir personnel, vont complètement changer cet état de chose à partir de -27.



Au Ier siècle, s'affirme alors une sorte de Querelle des Anciens et des Modernes. Les intellectuels, souvent issus de l'ancienne aristocratie, ou les homines novi, pressés de se réclamer des valeurs de cette dernière, vont proclamer la supériorité de l'art grec. Mais la visée est encore une fois conservatrice. L'art grec s'étant fait toute sa place à Rome, il s'agit de lutter contre les tendances novatrices qui se font jour dans les milieux artistiques romains, qui s'éloignent des modèles grecs classiques et hellénistiques et dont s'entichent un ordre en plein essor, les chevaliers romains, et une classe de nouveaux riches issus de l'affranchissement.

L'idée selon laquelle l'art est réservé aux Grecs va évoluer après le Ier siècle. Sous Hadrien, les Romains sont décomplexés par rapport à leurs grands ancêtres. La villa d'Hadrien à Tivoli va afficher tous les styles, rappeler toutes les époques, citer tous les artistes présents dans l'empire. Il est devenu évident que l'art né sous l'influence de Rome synthétise, réinterprète, prolonge les formes conçues dans le monde grec. L'innovation y prend toute sa place. La figure d'Hérode Atticus, qui fait exécuter, par des artistes grecs (à deux pas de l'atelier de Phidias !), des statues cuirassées d'Hadrien et de Marc Aurèle (ce type de statue que Pline l'Ancien affirme être typiquement romaine) et des représentations d'autres membres de la famille impériale pour le nymphée qu'il fait élever à Olympie, est le symbole même de la création d'un art romain assumant à la fois son héritage et ses originalités. La question de l'existence et de la légitimité d'un art romain a définitivement trouvé sa solution.
(wiki)




 
Marcellus, vers -20. Musée du Louvre.





et pourtant l'Art Grec et l'Art Romain sont les pilliers de l'Art de l'Europe


Rome et la naissance de l’art européen

Florence Balique
Michel Meyer, Rome et la naissance de l’art européen, Arléa, collection « Post scriptum », Paris, mars, 2007.

Invitant à rendre aux romains ce qui leur appartient, Michel Meyer offre un regard neuf sur les œuvres créées à Rome, non plus perçues comme seulement héritières de l’art grec, mais inventives, nouvelles et spécifiquement romaines en ce qu’elles expriment un autre mode de penser le moi, le monde et les dieux.

Non copie d’une grandeur grecque inégalable, mais moment artistique qui témoigne d’une rupture « entre un monde qui s’achève et un autre qui commence », moment qui nous touche directement car vient s’y enraciner notre modernité, l’art romain nous tendrait ainsi notre vrai miroir, à contempler sans l’a priori d’une préférence grecque, pour ce qu’il est en lui-même et non pour y chercher, glissé sous le tain, l’image ensevelie d’un original grec, inégalable beauté attique.

Contre une doxa qui a longtemps nui à la compréhension de l’art romain, Michel Meyer déploie une problématique rhétorique qui restaure le vestige dans sa dignité. L’éclairage qu’il offre dans Rome et la naissance de l’art européen s’inscrit en prolongement des analyses qu’il avait développées sur le théâtre dans Le Tragique et le comique. Penser le théâtre et son histoire (PUF, Paris, 2003 et collection Quadrige, 2005) ; les deux livres apparaissent comme un horizon réflexif découvert par la brèche philosophique que constitue l’ouvrage-clé de sa pensée : De la Problématologie : langage, science et philosophie (Mardaga, Bruxelles, 1986 et Le Livre de Poche, 1994).

Dans le sillage de Montaigne, grand admirateur de l’art romain, de Du Bellay, rêvant sur la majesté impalpable des ruines dans ses « Antiquités de Rome », se trace un nouveau cap jusqu’à ces îlots mystérieux que le voyageur pourra deviner, ému, « sous le choc », cherchant à percer l’énigme de ces traces d’un art qui échappe, en proie à l’effritement. On songe à la scène merveilleuse de Fellini Roma, où les fresques à peine découvertes s’effacent dans la lumière, comme anéanties par l’air du temps présent.

« La culture de l’universel », présentée aujourd’hui comme ciment d’une identité européenne à éprouver pour chacun, dans sa différence individuelle, trouverait sa source dans les curieux vestiges, relais essentiel entre paganisme et christianisme et, plus encore, lieu d’une expression artistique, d’une force rhétorique qu’on aurait tort de n’envisager que sous l’angle décalé d’un pragmatisme dérisoire.

C’est, en effet, la puissance politique de l’art romain que souligne Michel Meyer, analysant, à travers les jeux de disproportion dans la représentation, le pouvoir rhétorique de l’image romaine, fondée avant tout sur l’ethos (personnalité oratoire, qui confère l’autorité), peut-être la plus importante des preuves, selon Aristote dans sa Rhétorique, même si Michel Meyer insiste sur l’articulation entre les trois composantes rhétoriques ethos, logos (le message lui-même) et pathos (les passions de l’auditoire) en vue de faire surgir une conscience problématologique nouvelle. Il s’agit alors d’envisager l’œuvre d’art comme le révélateur d’accélérations historiques rendant caduques les anciennes réponses et exprimant l’émergence de questions.

La spécificité rhétorique de l’art romain tiendrait à la prépondérance éthique : focalisation sur l’ethos, le soi, identité politique qui construit les différences au sein de la cité.  Il n’y aurait donc pas simple translation artistique d’Athènes à Rome, mais bien invention d’un art éminemment politique, non essentiellement préoccupé par la différence entre l’humain et le divin, exprimé chez les Grecs dans le logos. Plus encore, les dieux trouveraient une place dans la cité romaine, « hommes de pierre », ils accompagnent la vie quotidienne, tandis que le l’empereur se trouve divinisé, confusion féconde qui assure la proximité du divin, l’expression de la transcendance, et prépare ainsi l’avènement du christianisme.

Le regard porté par les Romains sur les modèles grecs favorise une re-création originale, détachée de l’idée de culte, forme d’art pour l’art antique qui fait glisser d’un mode représentatif, d’une simple mimesis (imitation), à un mode expressif visant l’impact rhétorique, montrant l’ethos, le caractère, dans sa dimension pragmatique, articulant non des valeurs (logiques) mais des vertus (incarnées, agissantes). Cette dominante éthique se retrouve aussi bien en architecture qu’en peinture et en sculpture : ainsi « le langage des arts se figurativise ».

Le déplacement de la scène, du théâtre vers l’amphithéâtre, traduit l’émergence d’un nouveau genre de spectacle, visant une communion identitaire qui repose sur l’exclusion de l’altérité, mise en scène par la violence. « L’amphithéâtre devient ainsi la métaphore, l’expression collective de la ville nouvelle, impériale ». La ville elle-même se construit ainsi comme un théâtre, avec sa structure logique interne, significative, suivant des jeux de reduplication (temple-forum-villa), distinguant l’espace public du privé.

Inventant l’arc et sa voûte, les Romains créent une forme d’architecture théâtralisée, dont le sens est affiné par la présence de fresques, dénotant la valeur à accorder au lieu. Cette logique du sens se répercute dans l’art des jardins intérieurs, à « effet rhétorique », jeu d’illusion souvent signalé par la présence des masques. Circularité, rotondité donnent l’image d’un Empire harmonieux, d’une clôture rassurante : « Rome pour l’heure est partout dans Rome ».

Analysant ainsi en détail la valeur symbolique des constructions géométriques, Michel Meyer nous livre un regard rhétorisé, qui fait pour ainsi dire parler d’une nouvelle voix la pierre romaine. Sa prédilection pour la peinture romaine donne à lire de très belles pages sur l’invention d’un art traçant l’immanence, montrant l’omniprésence divine dans et par le quotidien, tissant entre l’humain et le divin une relation de « voisinage ». L’évolution figurative traduirait un glissement vers l’identité métaphorique, seule voie possible quand se creuse la distance. C’est dans cet écart, dans ce jeu de métamorphose des identités que le christianisme trouverait son propre lieu pour  y exprimer ses réponses, par une rhétorique du détour, refusant la représentation de son Dieu.

Suggestion finale qui donne à penser et soulève de nouvelles questions : « sans Rome », peut-être jamais créées les coupoles de Byzance, de Florence… Notre modernité, plus néo-platonicienne qu’elle ne le croit dans ses jugements, risque fort de passer à côté de ces œuvres, rendues opaques par le filtre idéaliste omniprésent. Comment, en effet, comprendre cet hommage  rendu au divin dans une déclinaison poétique de la diversité matérielle des choses, perçues dans leur organisation harmonieuse ? Or la conscience occidentale passe sans doute par la reconnaissance de cette dette envers Rome, qui est aussi aveu de notre pragmatisme, et non refoulement de ce qui nous rive effectivement à la sphère politique.

Montaigne, à l’écart, dans sa tour, trace sur les poutres de son plafond des maximes, mêlant le grec au latin, mais dans la pièce voisine de la bibliothèque circulaire, il s’aménage un cabinet à la romaine, lieu d’un rêve, réservé au corps, où l’on déchiffre encore aujourd’hui les vestiges de figures énigmatiques ; si d’aventure vous entrez dans cette tour de Babel, le livre de Michel Meyer éclairera d’un nouveau jour ces peintures presque effacées.
par Florence Balique
Publié sur Acta le 20 décembre 2007



Mégalographie de la Villa des Mystères, Pompéi, vers -60. Un jeune garçon lit un texte sous le regard de sa mère.


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Re : L'Art Romain
« Réponse #2 le: mars 07, 2010, 12:38:31 »



Un art romain ou des arts romains ?






La Maison Carrée de Nîmes

Quand on parle d'art romain, ne doit-on considérer que les monuments de Rome ? La Maison Carrée de Nîmes : art romain ou gallo-romain ?

Pendant longtemps, on a imaginé que Rome inventait les modèles et qu'ils se diffusaient dans les provinces (art romain abâtardi), et que cela se passait dans un sens unique. On avait donc l'idée d'une dégénérescence du centre vers la périphérie.

Or Rome est une ville d'interdits. Les Romains n'aiment pas l'innovation. Le mot novares  désigne l'innovation ; c'est un mot dépréciatif, synonyme de révolution, c'est-à-dire ce qu'il y a de pire pour les Romains. Pour les Romains il faut, même dans le domaine de l'art, rester dans la tradition. En réalité tout change. Ces changements s'effectuent dans les provinces, loin de Rome. Et ils reviennent à Rome avec une certaine ancienneté, et sont donc acceptés.


Production




Buste de femme romaine, v. 80 ap. J.-C., Gloptothèque de Munich (Inv. 333)

Sculpture


La sculpture romaine s'est largement inspirée des modèles grecs, en particulier des bronzes. C'est grâce à des copies romaines que l'on connaît de nombreux originaux grecs aujourd'hui disparus.

Contrairement à ce que pensaient les premiers archéologues, les statues romaines, de même que les grecques étaient polychromes. Les Romains utilisaient soit de la peinture soit le mélange des matériaux (marbre et porphyre par exemple) qui était utilisé presque uniquement par les Romains en raison de son coût.

Même si elle s'inspire de la sculpture grecque, la sculpture romaine a ses particularités comme l'invention du buste, et la démocratisation du portrait. De plus, elle a su produire un métissage des styles dans les régions sous imperium qui avaient déjà leur manière propre, comme l'Égypte ou les provinces orientales.




Porte de Mars, plus long arc romain du monde à Reims


Architecture


Rome a développé un savoir-faire architectural considérable. Amphithéâtres, théâtres, arcs de triomphe, basiliques, aqueducs, thermes romains, marchés (macellum) et temples sont construits en pierre, ciment et briques, caractérisés par leurs systèmes de voûtes : composites ou toscanes.



Mosaïque de Pompéi, conservée à Naples



Mosaïque


La mosaïque (du grec ancien μουσεῖον mouseion par le latin opus musivum, « appareillage de pierres qui appartient aux Muses ») est un art décoratif largement utilisé dans la Rome antique, pour la décoration intérieure des maisons et des temples. Elle utilise des fragments de pierre et de marbre assemblés à l'aide d'enduit, pour former des motifs ou des figures.

Elle est associée en particulier à Pompéi ou à Herculanum.

Plusieurs procédés coexistent. Le plus connu, l’opus tessellatum, emploie comme tesselles des abacules, c'est-à-dire des petits cubes de pierre, collés soit directement sur la surface à paver, soit sur un enduit intermédiaire. Il existe aussi l''opus sectile, qui utilise des fragments de tailles inégales de pierre ou de marbre.

Trois écoles se distinguent :

    * L'école romaine, caractérisée par des dessins linéaires, sur des fonds neutres.
    * L'école syrienne (dont le centre principal de production est Antioche). Les formes utilisées sont simplifiées, et les proportions sont mal respectées.
    * L'école africaine (avec Carthage pour centre principal) qui développe un sens aigu de la perspective, du modelé, et une riche palette de couleurs.

Les thèmes de la mosaïque romaine sont essentiellement mythologiques ou animaliers.





Peintre avec une statue peinte et un tableau. Pompéi


Peinture


Notre connaissance de la peinture romaine tient en grande partie à la préservation des sites de Pompéi, Herculanum, Oplontis et Stabies après l'éruption du Vésuve en l'an 79 de l'ère chrétienne. Il ne reste rien des tableaux grecs emportés à Rome aux IVe et IIIe siècles av. J.-C. et des peintures sur bois produites en Italie. Pline l'Ancien dit explicitement [40] vers 69-79 apr. J.-C. que la seule véritable peinture résidait dans les peintures sur bois et qu'elle avait à peu près disparu à son époque, au profit des peintures murales qui témoignaient plus de la richesse des propriétaires que d'une recherche artistique.

Il faut de plus distinguer la peinture de tradition hellénistique directe et la peinture romaine. La peinture hellénistique - poursuivie par des peintres grecs - s'estompe progressivement, remplacée par la peinture romaine. Issue de la tradition medio-italique, elle répète « de plus en plus péniblement » les répertoires grecs jusqu'au IIe siècle. À partir du IIIe siècle, l'avènement d'une nouvelle civilisation picturale renouvelle les thèmes. Nous disposons de témoignages indirects de ce renouveau dans les mosaïques de l'époque et les premières miniatures byzantines.


La peinture murale


On distingue traditionnellement quatre périodes dans la peinture murale, qui suivent la classification des styles pompéiens de August Mau, un archéologue allemand.



L'amour puni. Fresque du premier style, copie d'un original grec.


Premier style

Le premier style - dit des incrustations, en usage du milieu du IIe siècle av. J.-C. jusqu'en -80 - se caractérise par une évocation du marbre et par l'utilisation de couleurs vives. Ce style est une réplique des palais orientaux des Ptolémées, dont les murs étaient véritablement incrustés de belles pierres et de marbres. On trouve également des reproductions murales de tableaux grecs.
Nature morte du deuxième style. Fresque de la maison de Julia Felix, Pompéi


Deuxième style

Dans le deuxième style - ou période architectonique, qui domine le Ier siècle av. J.-C. - les murs sont décorés par de grandes compositions architectoniques en trompe-l'œil. Cette technique, qui consiste à mettre des éléments en relief, afin de les faire passer pour réels, par exemple, en dessinant une colonne qui passera pour un élément de l'architecture du bâtiment où l'œuvre est exposée, fut très utilisée par les Romains. À l'époque d'Auguste, le deuxième style évolue. Les fausses architectures ouvrent les parois avec de larges fonds dédiés à des compositions. Une structure inspirée des décors de théâtre se répète, basée sur une grande ouverture au centre flanchée de deux plus petites sur les côtés. Dans ce style s'affirme une tendance illusionniste, avec un "défoncement" des parois par des fausses architectures ou des vues.


Troisième style

Le troisième style est le résultat vers -20 - -10 d'une réaction à l'austérité de la période précédente. Il laisse la place à des décorations plus figuratives et colorées avec une visée surtout ornementale et présente souvent une grande finesse d'exécution. On le trouve à Rome jusqu'à 40, à Pompéi et ses environs jusqu'en 60.



Fresque du quatrième style. Pompéi



Quatrième style

Enfin, le quatrième style - ou style fantastique - apparu vers 60 - 63, réalise une synthèse entre le second style illusionniste et la tendance décorative et figurative du troisième style. Retrouvant les techniques du style perspectif, il se surcharge d'ornements. Un élément typique de cette phase est l'utilisation de figures détachées du contexte d'un tableau, et intégrées dans une architecture proche des décors de théâtre.

Ce quatrième style a eu une grande importance dans l'histoire de l'art. Après l'incendie de Rome en 64, Néron fait construire un grand palais nommé la Domus aurea. Suite à son suicide en 68, les terres qui avaient été réquisitionnées sont rendues par le sénat à l'usage public et on construit de nouveaux bâtiments dans lesquelles subsistent certaines salles du palais. Ces grandes salles, devenues souterraines, sont redécouvertes à la Renaissance par des artistes qui réalisent des copies des peintures murales. Du fait de leur origine, ces œuvres sont dénommées « grotesques » et leur étrangeté a donné par la suite un autre sens au terme.

Pline l'Ancien présente Fabullus comme un des peintres principaux de la Domus aurea : « Plus récemment vécut aussi le peintre Fabullus, au style digne et sévère tout en étant éclatant et fluide. De sa main était une Minerve, qui, de quelque côté qu'on la contemplât, avait le regard dirigé vers le spectateur. Il ne peignait que quelques heures par jour, et cela avec dignité, car, même sur son échafaudage, il était toujours revêtu de la toge. La Maison d'Or fut la prison de son art […]  »

On peut voir dans cette succession de styles la tension entre la tendance illusionniste, qui vient de la Grèce, et la tendance ornementale qui est le reflet de la tradition italique et de l'influence de l'Orient.


Villa de Boscotrecase, Pompéi. Deuxième style




Une variété de sujets




La peinture romaine présente une grande variété de sujets : animaux, natures mortes, scènes de vie courante. Elle évoque les plaisirs de la campagne à l'intention des citadins fortunés et représente des bergers, troupeaux, temples rustiques, maisons de campagne et des paysages ruraux et montagneux.

L'innovation principale de la peinture romaine par rapport à l'art grec serait la figuration de paysages, avec l'apport d'une technique perspective. L'art de l'orient antique n'aurait connu le paysage que comme décor à des scènes civiles ou militaires[43]. Cette thèse, défendue par Franz Wickhoff fait débat. Il est en effet possible de voir dans le Critias de Platon (107b-108b) un témoignage du savoir-faire grec pour la représentation de paysages : « [...] si un peintre qui peint la terre, des montagnes, des rivières, des forêts et le ciel tout entier avec ce qu’il renferme et ce qui s’y meut, est capable d’en atteindre si peu que ce soit la ressemblance, nous sommes aussitôt satisfaits. »


Détail de la colonne Antonine. Dessin de Violet le Duc




Les peintures triomphales

Dès le IIIe siècle av. J.-C. un genre de peinture particulier apparaît, les peintures triomphales, relaté par des témoignages littéraires . Ce sont des peintures que l'on portait dans le cortège du triomphe après les victoires militaires. Elles représentaient des épisodes de la guerre, les villes et les régions conquises. Des cartes sommaires étaient figurées pour indiquer les hauts lieux de la campagne. Ainsi Flavius Josèphe décrit la peinture exécutée à l'occasion du triomphe de Vespasien et Titus après la prise de Jérusalem : « La guerre y était figurée en de nombreux épisodes, formant autant de sections qui en offraient la représentation la plus fidèle ; on pouvait voir une contrée prospère ravagée, des bataillons entiers d'ennemis taillés en pièces, les uns fuyant, les autres emmenés en captivité : des remparts d'une hauteur surprenante renversés par des machines ; de solides forteresses conquises ; l'enceinte de villes pleines d'habitants renversée de fond en comble : une armée se répandant à l'intérieur des murs ; tout un terrain ruisselant de carnage ; les supplications de ceux qui sont incapables de soutenir la lutte ; le feu mis aux édifices sacrés ; la destruction des maisons s'abattant sur leurs possesseurs : enfin, après toute cette dévastation, toute cette tristesse, des rivières qui, loin de couler entre les rives d'une terre cultivée, loin de désaltérer les hommes et les bêtes, passent à travers une région complètement dévastée par le feu. Car voilà ce que les Juifs devaient souffrir en s'engageant dans la guerre. L'art et les grandes dimensions de ces images mettaient les événements sous les yeux de ceux qui ne les avaient pas vus et en faisaient comme des témoins. Sur chacun des échafaudages on avait aussi figuré le chef de la ville prise d'assaut, dans l'attitude où on l'avait fait prisonnier. »



Détail de la colonne Trajane

Ces peintures ont disparu, mais elles ont très probablement influencé la composition des reliefs historiques présents sur les sarcophages de soldats, l'arc de Titus et la colonne Trajane. Ces témoignages soulignent l'importance des paysages, qui prennent parfois l'aspect de plans perspectifs.

Ranuccio décrit ainsi la plus ancienne peinture trouvée à Rome, dans une tombe de l'Esquilin : « Il représente une scène historique, décrite sur fond clair, en quatre zones superposées. Quelques personnages sont indiqués, tels Marcus Fannius et Marcus Fabius. Ceux-ci sont de plus grandes dimensions que les autres figures [...]. Dans la seconde zone, à gauche, une ville entourée de murailles crénelées, devant laquelle se tient un guerrier de plus grande dimension, qui porte un bouclier ovale et un casque surmonté d'une plume verticale de chaque côté ; près de lui, un homme en toge courte, armé d'une lance. [...] Autour de ces deux figures, on voit des soldats, de dimension réduite, en tunique courte, armés de lances. Dans la zone inférieure se déroule un combat, où un guerrier, portant un bouclier ovale et un casque à deux plumes, est représenté plus grand que les autres figures, dont les armements permettent de supposer que ce sont des Italiques, probablement des Samnites[48]. »

L'identification de l'épisode est incertaine. Parmi les hypothèses, Ranuccio retient une victoire du consul Quintus Fabius Maximus Rullianus pendant la deuxième guerre contre les Samnites en 326. La représentation des personnages avec des tailles proportionnelles à leur importance est typiquement romaine, et se retrouve dans les reliefs de l'art plébéien. Cette peinture est un incunable de la peinture triomphale, et aurait été réalisée vers le début du IIIe siècle av. J.-C. pour décorer la tombe d'un descendant de Quintus Fabius.


Source
wiki